Et la vie reprit, et c'est ainsi qu'elle imposa ses droits face à la mort. Les plaintes, les pleurs, les soupiremens, les soufflements, le vide, le silence et le désespoir petit à petit s'en allèrent. Cette douleur, cette petite et mélodieuse douleur je l'ai senti partir tout doucement, à pas de loup sans un bruit avec la plus grande des discrétions. Elle était partie sans presque qu'on ne la remarque, mais moi je n'étais pas dupe, je l'ai vis partir dans les rires de ma mère lorsque mon oncle Bernard passait le dimanche après midi boire le café, je l'ai vu fuir dans le regard illuminé de ma s½ur lorsque Rayan son copain chaque jours venaient la chercher. Je l'ai vu partir des êtres et de la maison mais elle n'avait pas réussie à m'atteindre. Je m'enfermai dans un monde à part, où la vie était différente, les buts, les préoccupations n'étaient plus les mêmes. Je continuai à vivre, à avancer à faire les gestes comme une marionnette. Bien entendu j'aurais voulu rester coucher dans mon lit nuits et jours, les volets fermés et regarder le plafond indéfiniment mais je ne pouvais pas car j'aurais attirer l'attention de tous le monde. Ma mère, ma s½ur, la famille entière m'aurais prise en pitié et seraient venue me parler, pire j'aurais sûrement eu droit au psychologue familial. Non je préférai simplement être là, être visible et agir comme si le deuil faisait son chemin comme pour tout le monde, je préférais être visible pour les autres pour en vérité être transparente et qu'on me laisse tranquille.
Un fossé se creusait de jours en jours entre Anna et moi. Pourquoi ?Je ne savais guère. Peut être était-ce parce qu'elle reprenait goût à la vie, aux plaisirs tous simple et qu'un décalage c'était créer entre elle et moi. Je trouvai tout à fait normal que Anna où même ma mère reprenne s'en sorte, je ne leur en voulait pas, il le fallait pour elles, pour leur bien être intérieur. Pour moi c'était différent parce que reprendre goût à la vie était comme synonyme de trahison pour mon père. Il n'était plus là, il ne pouvait plus voir ce que je faisais, ce qui m'affligeait où ce qui me rendait heureuse et en mémoire et par amour pour lui c'était comme si je m'interdisais d'être heureuse. Je faisais tout par dépit et obligation, mais avais-je bien le choix?
J'entendis les clés dans la serrure. En temps normal j'aurais fais attention d'éteindre ma cigarette avant que quelque un ne rentre dans la maison mais depuis quelques jours je n'en prenais plus la peine.
Anna entra dans la cuisine, l'horloge affichait midi pile, elle se tenait droite me regardant fixement de ses yeux bleus. Je fuyai son regard.
« Tu es encore à la maison? Tu n'es même pas habillé Cassie. Qu'est-ce ce que tu fais? Depuis quand tu ne vas plus à la fac. Et éteint moi cette clope s'il te plait. Anna posa son sac de cours sur la table de la cuisine d'un geste las accompagné d'un soufflement qui marquait son désappointement. Je ne savais pas par laquelle de ses questions je devais commencer à répondre donc je préférai garder la silence. Anna fit de même jusqu'à qu'une assiette vola au travers de la cuisine pour finir par venir se briser en mille morceaux sur le carrelage et provoquait un bruit assourdissant.
« Cassie je n'en peux plus de te voir ainsi. Papa est mort Cassie tu comprend? Il est mort il ne reviendra pas. Tu dois te réveiller, te ressaisir. Je suis là moi, maman est là. On est en vie. Bouge toi Cassie. Va à la fac, va voir tes amies. Ne deviens pas une loque. Anna tremblait de tout ses membres, je décelai dans sa voix une émotion, je devinai qu'elle était prête à pleurer. Cela me faisais de la peine de la voir dans cet état, que je la rende ainsi mais je ne pouvais pas faire un pas vers elle, rien ne disparaîtrait, personne ne comprendrait alors je lui répondis le plus amèrement possible:
- Si je deviens une loque ce n'est pas ton problème mais le mien et c'est toi qui devrais avoir honte d'oublier papa aussi vite. J'ai un peu plus de respect que toi. Je partis de la cuisine dans un mouvement de révolte, je me retournai encore une fois et dis à ma s½ur:
« Et je ne me réveillerais pas Anna je continuerais à agir de la sorte et à fumer et à rester une loque car dis moi qu'elle est l'intérêt de la vivre ainsi ? » Je claquai la porte de ma chambre et j'entendis alors la radio augmenter d'un cran.
Le soir même au repas, la tension entre ma s½ur et moi était à son maximum. Ma mère mangeait ses raviolis d'un mouvement lent et récurrent.. Elle ne parlait pas, elle ne parlait presque plus, elle s'était enfermée dans ce mutisme. J'avais pourtant bien quelques fois essayer de lui parler mais rien ne se produisait, elle finissait toujours par changeait de conversation afin d'éviter l'essentiel. Maintenant que le fossé c'était creusé entre ma s½ur et moi ma mère devenait une sorte de fantôme, quelque un qui se perdait dans son désespoir. Le repas était bref comme d'habitude chacun avait sa tâche attribuée, je débarrassais la table, ma s½ur mettait les couvert dans le lave-vaisselle et ma mère nettoyait la gazinière. Cette scène dont j'étais pourtant la première actrice me révulsa entièrement. On avait l'air d'être des fantômes ou bien même des automates dépourvus d' âme ou de sentiments. Ma s½ur me disais qu'elle était là avec ma mère, qu'elles étaient en vie contrairement à mon père mais elle avait tord mon père était bien plus en vie qu'elles.
Je pris mon manteau mon sac et je partis de la maison. J'avais besoin de respirer un peu. Pas deux minutes plus tard ma s½ur m'appela sur mon portable, je laissai sonner. J'hésitai soudain à appeler Tony, cela faisait longtemps qu'on ne s'étaient pas vu mais. Je renonçai à l'appeler. Je sortis une cigarette de mon sac et me balada le long de la seine. Je me sentais bien ce qui me parut étrange étant donné que ce sentiment avait déserté mon âme depuis un moment. Je m'assis sur un banc, l'horloge à quelques pas de là où j'étais sonna 22 heures. J'observai deux enfants qui jouaient près de la seine. Je m'étonnai que des parents puisse les laisser aussi tard dehors. Mais après tout pensais-je peut-être étaient t 'ils nés dans une famille ou fallait mieux t'il être dehors à 22 heures que dans un foyer où l'on ne sent pas chez soi. Le plus grand était roux et portait un pull rouge et un percha marron. Il était un peu enveloppé puisque son jean faisait ressortir ses rondeurs au niveau de ses cuisses et de ses mollets, mais son visage était doux et inspirait l'ignorance et la gentillesse. Il essayait d'enseigner à son faire l'art des ricochets. Son frère, enfin je présumai qu'il l'était était avait lui aussi le cheveux roux mais semblait de plus petite taille et plus svelte. Son visage m'attendrie, il avait de grosses joues comme les poupons, parsemées de taches de rousseur. Il s'appliquait à la tâche et rester très concentré sur les points de repères que son frère lui montrait. Je les enviais, je les enviais tellement. Ils n'étaient que des enfants. Ils n'étaient pas encore capable de distinguer tous les malheurs de la vie. L'ignorance de leur âge était tellement sublime que je m'en trouvai émue. J'aurais aimer croire tout comme eux que la vie est une succession de choses merveilleuses, sans contraintes et sans barrières, ne pas connaître son destin, et enfin ne pas envisager qu'il puisse y avoir une fin.
Mon portable vibra dans ma poche de jean, je mis un tant fou avant de réussir à le sortir. C'était Tony. Je regardai le prénom s'inscrire sur l'écran de mon téléphone un cours instant à demi pensive et me décidai à répondre.
« Cass, c'est Tony
- Ouai. Répondis-je d'un ton lassée.
- Je voulais m'excuser d'avoir était absent à l'enterrement de ton père.
- Ça ne fait rien.
- Viens chez moi, je serai m'excuser et on pourra parler de tout ça si tu veux. »
Je raccrochai sans voix. Tony me parût presque sincère et tout en moi désormais c'était déchaîné en un mouvement de contradiction. Fallait t'il que j'y aille ou non?. Mais il était tard, j'étais dehors dans le froid et je n'avais aucune envie de rentrer chez moi. Et puis tout simplement je mourrai d'envie de le voir. C'était tragique cette envie presque suicidaire et irrationnel de ce besoin d'être près de lui.
Je sonnai à la porte, Tony m'ouvrit avec un sourire malicieux et provocateur. Il était tellement beau.